INTERVIEW AVEC LE JUGE SORY MOUSSA STEPHANE(Deuxième partie)

juge SORY

1)      Voulez-vous alors insinuer que vous et vos collègues avez fait l’objet de sanctions du fait de ces affectations ? Bien évidemment car n’eût été cette affaire, je ne pense pas que nous aurions été affectés à d’autres postes au cours de l’année judiciaire concernée. A l’époque, je me souviens que je m’étais catégoriquement opposé à mon déplacement mais de nombreux aînés dans le corps sont intervenus pour me supplier de ne pas faire un bras de fer avec le Ministre. Mes parents également m’ont supplié de ne pas résister. Vous aurez également noté qu’aucun syndicat de la Magistrature même celui auquel je suis membre ne s’est publiquement pas prononcé pour dénoncer cette atteinte grave à l’indépendance de la Magistrature. Au vu de toutes ces interventions et de cette lâcheté des syndicats, j’ai dû céder en répondant à ma proposition d’affectation ni par oui ni par non. J’ai juste répondu au Ministre en lui disant d’abord que je prenais acte de sa décision et ensuite j’ai clos ma réponse en lui disant que Dieu fait toutes choses belles en son temps. A Kaya, loin de laisser abattre mon moral, je me suis mis à la tâche sans répit au point que j’ai reçu à ma seule première année judiciaire trois lettres de félicitations dont deux du Ministère et une du Parquet Général. Les ennemis de la justice et de la bonne gouvernance ont voulu me trainer dans la boue avec mes compagnons d’infortune (nous étions trois avoir été affectés) du dossier GUIRO mais Dieu étant juste et faisant bien les choses, nous a glorieusement retirés de cette boue. Aujourd’hui donc, je me réjouis de la beauté actuelle des choses telle que réalisée par Dieu à mon profit.

2)      Vous avez quitté le Burkina Faso pendant 18 mois. Où étiez- vous et pour quoi ? Le Département des Opérations de Maintien de la Paix avait sollicité de notre Gouvernement des candidatures pour l’occupation d’un poste intitulé « Civilian Justice Officer », c’est-à dire officier des affaires civiles au profit de la Mission des Nations Unies au Soudan du Sud. Comme d’autres collègues, j’ai postulé mais franchement je n’y croyais pas parce que l’une des principales conditions était de bien parler, écrire et lire en anglais alors que je n’étais qu’un simple débrouillard en anglais. A ma grande surprise, j’ai été sélectionné pour l’entretien téléphonique en anglais, ce que j’ai fait avec juste un peu de réussite à mon avis. A la fin de la procédure de sélection, j’ai été le seul candidat à être admis. J’ai donc été invité à rejoindre le Soudan du Sud avec une escale d’une semaine à Entebbe en Ouganda pour l’accomplissement des formalités administratives (enregistrement, formation, tests). Une semaine plus tard, j’ai d’abord rejoint Juba, la capitale du Soudan du Sud avant d’être ensuite déployé à Bor, la capitale de Jonglei-State située à environ 195 kms de Juba par la route et à 45 minutes par hélicoptère.

3)      Le Soudan du Sud est le dernier né des pays mais est déjà en proie à la violence et la guerre. Vous qui y avez vécu, pouvez-vous nous dire les raisons de cette guerre ? Plusieurs raisons peuvent expliquer cette guerre à mon avis. La première raison de mon point de vue est liée à une lutte, une rivalité entre les deux plus grandes ethnies majoritaires dans le pays, à savoir les Dinka et les Nuer. Le Président Salva Kiir est Dinka tandis que son ex Vice –Président Riek Machar est Nuer. La deuxième raison est une question personnelle, c’est-à-dire de leadership entre les deux hommes (Salva Kiir et Riek Machar). La goutte d’eau qui a fait déborder le vase est la décision unilatérale de limogeage de Riek Machar par le Président Kiir il y’a quelques mois en représailles surement à sa déclaration publique de de se présenter aux prochaines élections contre le Président Kiir. De même, Le secrétaire général du parti au pouvoir Pagan Anum a lui aussi été limogé par le Président Kiir et Rebecca Garang la veuve de feu John Garang, leader du SPLA (South Sudan People Liberation Army : armée de libération du peuple du Soudan du Sud) avaient aussi annoncé leurs candidatures contre Kiir aux prochaines élections. Il n’est pas superflu de signaler qu’avant cette guerre, il y’avait déjà une rébellion conduite par David Yau Yau à Pibor dans l’Etat de Jonglei. David Yau Yau est de l’ethnie Murlé, une ethnie minoritaire qui ne vit pas en harmonie avec les Dinka et les Nuer.

On sait le Soudan du Sud un pays anglophone. Travailliez-vous en langue anglaise et maitrisez-vous maintenant l’anglais ? La langue officielle au Soudan du Sud est l’anglais comme vous venez de le dire. Je n’avais aucune autre possibilité…

La Plume du Palais

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