Mis à pied pour sa coiffure, un steward d’Air France débouté aux prud-hommes

Aboubakar Traoré avait porté plainte contre la compagnie qui empêche les hommes de porter des tresses en vol. Les prud’hommes ont annulé les sanctions prises contre lui, mais ne reconnaissent pas la discrimination.

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[Exclusif] Voilà près de dix ans qu’Aboubakar Traoré se bat pour avoir le droit de se coiffer comme il l’a choisi. Et faire condamner Air France, son employeur, pour discrimination, car la compagnie interdit à ce steward de 40 ans de porter des tresses « africaines » pendant ses heures de service. Mais la justice en a pour l’heure décidé autrement: le conseil des prud’hommes de Bobigny a débouté le salarié de la plupart de ses demandes.

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Aboubakar Traoré a commencé à nouer ses cheveux en tresses au début des années 2000. Courtes, plaquées sur le cuir chevelu, ses nattes ne descendent pas plus bas que le haut de son cou, comme le demande le guide qui règlemente l’apparence du personnel commercial naviguant d’Air France. Sa coiffure « parfaitement nette », insiste son avocate Houria Amari, n’a d’ailleurs jamais heurté les passagers. Sa hiérarchie lui interdit pourtant, au nom du fameux manuel qui préconise notamment un « aspect naturel » des cheveux, sans plus de précision sur sa définition.

Face aux remarques qui se multiplient, le steward s’arrête un moment pour dépression. Puis il tente de porter une perruque, autorisée par la compagnie, avant de chercher du soutien auprès de la Halde, devenue depuis le Défenseur des droits. L’institution lui donne raison, estimant en 2011 que sa coiffure originale, « extrêmement nette et soignée », ne contrevient pas aux règles d’Air France.

Elle estime aussi que la compagnie ne prend pas assez en compte dans son guide la « diversité » de ses équipes. Air France a depuis légèrement amendé son manuel, en y incluant notamment des modèles noirs, mais sans changer d’attitude envers Aboubakar Traoré. « La compagnie n’a jamais exprimé clairement en quoi cette coiffure ne convenait pas », estime Houria Amari.

Un sort incertain

Le steward saisit alors les prud’hommes en mai 2012, après une mise à pied de cinq jours et sa réaffectation à un poste au sol. Il demandait sa réintégration dans les équipes de vol et un dédommagement de 50 000 euros pour discrimination. Une requête refusée par le conseil, qui a seulement décidé de lever les sanctions disciplinaires contre lui. « Pour les prud’hommes, il n’y a pas eu d’atteinte à la dignité ni de discrimination raciale », déplore Houria Amari.

La situation professionnelle d’Aboubakar Traoré reste donc des plus incertaines. « Que va-t-il se passer quand la médecine du travail le jugera apte à reprendre son travail de steward? interroge son avocate. S’il se présente à nouveau coiffé de ses tresses, il risque jusqu’au licenciement, puisque l’employeur y verra un comportement négatif réitéré. » Le salarié et son avocate devraient « très certainement faire appel ».

lexpress

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