Synthèse du rapport du colloque sur les Alternances politiques en Afrique (Première partie)

Cette synthèse du rapport du colloque de Ouagadougou reste provisoire, étant entendu que l’auteur compte accorder une seconde lecture au document. Cette version fera l’objet d’une série de deux publications, dont la première est faite dans la présente.


 

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Le temps d’un colloque sur une notion, une pratique, répond généralement au temps de St Augustin : Le présent du passé, le présent du présent et le présent du futur. Cette temporalité semble respecter par le colloque international de Ouagadougou, de la SBDC sur les « Alternances politiques en Afrique : défis démocratiques et enjeux constitutionnels ».

Le colloque s’est en effet déroulé en six panels avec des interventions plurielles sous des présidences magistrales et d’échanges nourris. Il a été précédé par la cérémonie d’ouverture placée sous l’autorité du Président du Faso et au cours de laquelle le Pr. El Hadji MBODJ s’est illustré par ses propos introductifs.

Au total, il a connu plusieurs communications d’une richesse incontestable non seulement de par la qualité des informations fournies, mais également et surtout au regard des propos qui y ont été tenus. Dans, ces conditions, le travail du chargé de la synthèse devient périlleux, à l’image de celui d’un promeneur dans une galerie d’art qui admirera variablement les toiles, dans leurs beautés et contrastes. L’assistance est donc avertie la faillibilité de l’œuvre du rapporteur.

Je voudrais avant tout porter un regard circonstancié sur la problématique du colloque. L’on peut tout d’abord relever la confusion entretenue entre les expressions « alternances démocratiques », « alternances politiques », « alternances constitutionnelles » qui ne véhiculent pas nécessairement la même signification, sauf à en admettre une différence de degré et non de nature dans certains cas. A preuve, une alternance démocratique est une alternance politique, mais l’alternance politique n’est pas que toujours démocratique. Ensuite, alternance politique retenue par la SBDC semble de nos jours dans la Constitution et en dehors de la Constitution avec des figures et acteurs internes et externes. Les accords politiques négociés sous les auspices de la communauté internationale déverrouillent parfois l’arlésienne-alternance politique tout autant que l’irruption des armées sur la scène politique ou l’alternance réalisée dans le cadre de la démocratie en réseau au sens de Pierre Rosanvallon. Dans ce prolongement, au-delà des textes et des pratiques politiques qui irriguent l’alternance politique marquée par la figure tutélaire du Chef de l’Etat à qui l’on pensait mettre une camisole de force avec les Constitutions du renouveau démocratique, l’on s’interrogera davantage sur les stratégies de conservation et d’accession des partis politiques de l’opposition et des partis majoritaires, la place de l’environnement politiques qui accrédite des ratés alternatifs des années 1990, la légitimité de l’Etat en Afrique devant la monarchisation des Républiques dans l’analyse des alternances politiques.

Certes, l’alternance politique ou les alternances politiques reste une réalité et une quête politique pour la consolidation démocratique en Afrique, sauf si le colloque de la SBDC est un requiem déguisé des alternances politiques.

Quoi qu’il en soit et au regard des thèmes qui ont guidés les différentes communications, l’analyse des alternances politiques en défis et enjeux constitutionnels un cœur à deux voix. Il s’agira tour à tour d’analyser, d’appréhender les alternances politiques au pluriel(I) en repensé(II).

  • les alternances politiques plurielles

Il importe de saisir l’alternance politique en mode accepté(A) en mode discuté(B).

A/ l’alternance politique en mode accepté

La/les dites alternances politiques repose(nt) sur des prérequis et acquis politiques, normatifs et institutionnels. Dans cette optique, les Pr ESSAMBO et SOMA, tout en rappelant les résistances à l’alternance politique ou les hypothèques pesants sur les alternances réalisées ont proposé des remèdes au tour des institutions fortes et des normes consensuelles. Cette idée retient l’attention du Pr Joël AIVO dans le cadre de sa communication. La politique étant terre d’élection de l’élégance devant la défaite électorale, il a invité la classe politique à une meilleure organisation des élections dans un environnement apaisé. Si la vitalité de l’alternance politique passe par des réformes audacieuses non moins discutées selon M.KIEMDE au sujet du Burkina Faso, il semble tout aussi nécessaire de repenser la nature et le mandat de CENI et des juridictions constitutionnelles. Si certaines réformes sont consolidantes à l’image de celles rappelées par le Pr YONABA, d’autres semblent déconsolidantes en prenant appui sur les communications des Pr ESSAMBO et SY.

Le salut peut-il alors venir de l’externe pour la réalisation de l’alternance politique. Le Pr GADJI semble dubitatif sur ce concours en prenant exemple sur la situation politico-électorale en RCI. Si l’assistance électorale est souhaitée, elle ne saurait prendre le pas sur l’ordre constitutionnel ivoirien par le mécanisme de la certification. Dans la même veine, le Pr TALL est revenu sur les alternatives, les aléas et les altérations des organisations internationales devant les alternances politiques… En se plaçant sur le terrain des rapports entre créateur et créature et au-delà des jeux d’intérêt, n’est-on pas en train de surestimer le rôle des organisations internationales et régionales dans la promotion de l’alternance politique, en tenant compte des rapports de force politique à l’interne ? Somme toute, le changement semble amorcer avec le développement des infrastructures de paix et de sécurité, la revitalisation des mécanismes d’alerte précoces et surtout la redéfinition du mandat des missions d’assistance électorale, d’observation des élections et autres. Il reviendra certainement aux organisations africaines de prendre le train de réforme pour un meilleur accompagnement démocratique au service de l’alternance politique.

B/L’alternance démocratique en mode discuté…

 

Rapporteur: Pr. Dodzi KOKOROKO (Professeur titulaire Agrégé, Professeur de droit public et de science politique, Université de Lomé)

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Publié dans Droit

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