Gérer l’après Compaoré : réflexion sur « la politique ivoirienne » du nouveau pouvoir burkinabè (Intro)

Avec le changement politique survenu au Burkina Faso à la suite de l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014, de nouvelles perspectives s’ouvrent pour ce pays longtemps dirigé par Blaise Compaoré1. La fin de ce régime ouvre un nouveau chantier de recherche sur la vie politique du « pays des hommes intègres » en général et en particulier sur sa politique étrangère. Depuis une vingtaine d’années, le Burkina s’est imposé comme un acteur diplomatique influent en Afrique de l’Ouest. L’avènement d’un nouveau pouvoir dans un contexte de tensions avec la Côte d’Ivoire suscite des interrogations quant à la capacité du Burkina à conserver cette influence régionale et, plus globalement, à gérer le lourd héritage politique de l’ancien régime. Les relations ivoiro-burkinabè constituent sans nul doute un terrain fertile pour appréhender cette problématique.
Le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire sont étroitement liés par l’Histoire et la géographie, mais aussi par de nombreux facteurs sécuritaires, culturels et politiques. La Côte d’Ivoire abrite trois à quatre millions de Burkinabè2. L’immigration des Burkinabè dans ce pays est très ancienne et pèse lourdement sur les rapports politiques entre les deux pays, en raison du rôle pivot de la diaspora burkinabè en Côte d’Ivoire3. Ces dernières années, le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire ont consolidé leurs relations à travers une coopération énergétique. Les deux pays sont liés par un traité d’amitié datant de 2008. Pourtant, historiquement, leurs relations ont connu des hauts et des bas, et des fortunes variables selon les contextes politiques.
Si l’accession au pouvoir d’Alassane Ouattara en 2011 semble avoir amélioré la qualité des relations entre la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso, la chute de Blaise Compaoré laissait présager quelques incertitudes sur l’avenir de l’axe Abidjan-Ouagadougou. L’ancien président burkinabè s’est réfugié en Côte d’Ivoire avec une partie de ses proches. Après la tentative avortée de coup d’État de septembre 2015 perpétré par les membres du RSP (Régiment de sécurité présidentielle), et l’implication présumée des autorités ivoiriennes, les relations entre les deux pays s’étaient détériorées. Le président de l’Assemblée nationale ivoirienne, Guillaume Soro, est poursuivi par la justice burkinabè pour son soutien présumé aux auteurs du putsch manqué de septembre 20154. C’est du reste dans la même affaire que l’ancien ministre des Affaires étrangères du Burkina, le général Djibril Bassolé, a été mis aux arrêts, ainsi que plusieurs autres personnalités civiles et militaires.

Après l’élection présidentielle du 29 novembre 2015 et l’investiture de Roch Marc Christian Kaboré, des efforts ont été déployés des deux côtés pour réchauffer les relations entre les deux pays. La question reste cependant de savoir si le changement politique intervenu au Burkina Faso et ses conséquences politiques et sécuritaires pourraient faciliter cette dynamique de normalisation des relations diplomatiques. La présence de Blaise Compaoré en Côte d’Ivoire et ses intentions présumées d’influencer la politique intérieure du Burkina, ainsi que les poursuites engagées contre lui par la justice burkinabè, soulèvent des interrogations.
L’objectif de la présente note est d’analyser les déterminants de la politique étrangère du Burkina post Compaoré, avec la mise en place des nouvelles institutions démocratiques issues des élections générales du 29 novembre 2015. Plus concrètement, la recherche s’articule autour de l’analyse de la stratégie diplomatique du nouveau gouvernement burkinabè face à la Côte d’Ivoire et des enjeux politiques, sécuritaires et économiques que présentent les relations ivoiro-burkinabè. L’analyse de la « politique ivoirienne » du Burkina Faso montre que la chute du régime Compaoré a reconfiguré les relations diplomatiques entre les deux pays. À partir de l’étude du différend politico-judiciaire avec la Côte d’Ivoire, il apparait une dynamique de changement dans la doctrine diplomatique du Burkina dont les autorités, confrontées à des défis redoutables au plan national, semblent exclure de leur agenda toute velléité hégémonique dans la géopolitique régionale.

L’hégémonie diplomatique du Burkina Faso sous l’ère Compaoré…

Par : Dr Karim Abdoul Saidou

Source:Le Groupe de recherche et d’information sur la paix et la sécurité (GRIP)

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