Bon à savoir :« le viol conjugal »

viols-AfriqueDans le cadre de la lutte que mènent l’Etat, les organisations non-gouvernementales, et les associations spécialisées  dans la défense, la protection et la promotion des droits des femmes (parce que c’est d’elles dont il s’agit dans la plupart des cas) contre les violences faites aux femmes ; un concept relativement ambigu a émergé : « le viol conjugal ». Mais qu’est-ce que le viol et plus particulièrement le viol conjugal ?

En effet, l’article 417 du code pénal burkinabé de 1996 définit le viol comme : « un acte de pénétration sexuelle de quelque nature qu’ il soit commis sur la personne d’autrui par violence, contrainte ou surprise. »

Quant au viol conjugal, il est naturellement par extension un acte de pénétration sexuelle de quelque nature qu’il soit commis sur la personne du conjoint (dans le cadre du mariage au sens juridique du terme) ou sur la personne du concubin ( dans le cadre d’une union libre) par violence, contrainte ou surprise.

De la définition du viol donnée par le code pénal, il ressort implicitement que celui-ci peut être commis aussi bien sur la personne de la femme que sur la personne de l’homme d’une part et que pour qu’il y ait viol il faut une absence totale de consentement de la victime d’autre part ; puisque le législateur parle de violence, de contrainte ou de surprise.

Pour notre part, nous estimons que l’expression « viol conjugal » est relativement ambigüe et même inappropriée ou mal choisie pour décrire la réalité qu’il renferme en ce sens que dans une société à dominante féodale comme la nôtre, il est très difficile de faire comprendre a un mari  que la femme qu’il a épousé peut se plaindre contre lui pour viol et que par conséquent il encourt une peine d’emprisonnement de cinq à dix ans.

Automatiquement dans l’esprit d’un tel monsieur, cela parait inconcevable voire impossible car il se pose la question de savoir comment et pourquoi on pourrait l’accuser d’avoir  « violé sa propre femme » et non une femme quelconque ?

Et cela s’explique parfaitement dans la mesure où dans sa conception féodale des choses, c’est son droit de coucher  avec sa femme quand il veut et pis encore, il pense que c’est un devoir pour la femme de coucher avec lui quand il en a envie sans pour autant se soucier de l’envie de la femme.

En outre le caractère inapproprié de cette expression viol conjugal apparait encore plus patent lorsque l’on fait le constat que malgré qu’elles soient nombreuses à vivre ce phénomène ; rares sont les femmes qui ont le courage de porter à la connaissance des juridictions compétentes le fait qu’elles subissent des sévices corporels et autres types de violences de la part de leur maris parce que tout simplement elles n’ont pas envie de faire l’amour. Cela s’explique également parce qu’encore une fois de plus dans notre société tout comme l’homme, la femme se voit mal entrain de dire à la police ou au juge que son mari l’a violée ; et encore moins lorsqu’elle sait que celui-ci risque par « sa faute » d’être emprisonné pendant cinq à dix ans. Des multitudes de questions la hante notamment comment va-t-elle s’occuper seule des enfants si jamais on emprisonne son mari ? Que va-t-elle dire à ses enfants s’ils lui demandent ou se trouve leur père ? Comment est-ce qu’elle sera considérée par sa belle famille et même par sa propre famille ? Ne va-t-on pas l’accuser de ne pas vouloir donner d’enfant à son mari ? Etc. Voila des raisons parmi tant d’autres  qui poussent les femmes à garder le silence même lorsqu’elles sont violées par leurs maris.

C’est pourquoi nous pensons que pour venir à bout de ce phénomène, il faut tout d’abord revoir le terme viol que nous trouvons particulièrement choquant surtout dans un contexte conjugal ou familial ou l’on connait toute l’importance  que l’on accorde aux rapports sexuels (reproduction, enfantement.) L’on peut à la place de viol conjugal parler par exemple de « rapports sexuels non consensuels dans le mariage. »

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Ensuite, nous pensons qu’il sied de renforcer la sensibilisation des différents couples en les amenant à discuter de leur vie sexuelle de sorte à ce que la question des rapports sexuels ne soit plus un tabou dans notre société. Par ailleurs, l’on peut sensibiliser particulièrement les hommes en leur faisant comprendre que les rapports sexuels sont plus épanouissants et plus intéressants lorsqu’ils sont voulus de commun accord par les deux partenaires, et non de façon unilatérale dans la violence ou la contrainte ; étant donné que des études scientifiques ont prouvé que l’atmosphère, l’humeur et les conditions dans lesquels ont lieu les rapports sexuels rejaillissent sur la santé physique et mentale des enfants qui naissent de ces relations.

Enfin, nous proposons que le viol conjugal au lieu d’être sanctionné  tout comme le viol à proprement parler en tant que crime, soit plutôt sanctionné comme un délit en vue de diminuer les conséquences qu’une telle condamnation pourrait avoir sur la famille car dit-on la famille est la cellule de base de la société et donc de l’épanouissement de la famille dépend celui de notre société.

Abdoul-Rachidi TAPSOBA

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Publié dans Droit, Grand Public

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